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Haïti : Les montagnes de la Grande Anse, méconnaissables, 3 mois après le passage de l’ouragan Matthew

Par Myriam Duret

Soumis à AlterPresse le 4 février 2017

Une visite de solidarité avec les familles paysannes, vivant dans les montagnes des communes de Jérémie (bassin versant de la rivière Grande Anse) et des Roseaux (bassin versant de la rivière Voldrogue), a été réalisée au début du mois de janvier 2017, environ 3 mois après le passage de l’ouragan Matthew.

Depuis Port-au-Prince j’avais reçu des informations, sur l’évolution de la situation environnementale, laissant comprendre que les repousses des arbres étaient extraordinaires et que la nature avait repris ses droits. On m’a même dit que la nature fait mieux les choses, par rapport à l’homme bien entendu.

Et bien non. La surprise était de taille pour moi, qui intervient dans la Grande Anse depuis plus de trente ans. Les montagnes sont complètement dévastées, les arbres sont abattus, les jardins détruits, les écoles, les centres de santé, les taudis, les maisons paysannes, et le bétail emportés par le vent. Les montagnes humides et verdoyantes jadis, comme D’Espagne par exemple, sont devenues sèches et méconnaissables, offrant un spectacle dont la trame est constituée par les arbres jonchant le sol.

L’arbre véritable et le cocotier sont les plus affectés par le passage de Matthew. Ce dernier représentait une source de revenus, assez importante pour les paysans. Le fameux tonmtonm, préparé avec le fruit de l’arbre véritable, représentait le mets principal des paysans de la Grande Anse. Les repousses, sur les troncs restants des arbres véritables, pourront donner des fruits dans 2 à 3 ans environ.

Les manguiers (centenaires) sont déracinés et s’étendent de tout leur long sur la terre. A Dayère, Nord-Ouest de la Grande Anse, un Mapou plus que centenaire n’a pas pu résister à la violence du vent. La plupart des palmiers royaux, éléments du patrimoine culturel haïtien, sont encore debout avec des feuilles qui repoussent de façon apicale.

Les routes ont été déblayées mais la plupart des arbres sont encore par terre. La seule activité rentable pour les paysans est la fabrication du charbon, ce qui a occasionné une baisse considérable du prix du sac de 50 livres qui se vend jusqu’à 200.00 gourdes dans certaines zones du Département. Les camions sont nombreux sur la Nationale #2 à transporter les sacs de charbon à partir de la Grande Anse et du Sud vers Port-au-Prince, où le prix d’un sac est de 750.00 gourdes. Dans la Grande Anse, il y a encore du bois, pouvant garantir 6 mois de production assez importante de charbon.

Dans les petits points de vente, installés sur la route menant vers les zones de montagnes, on ne trouve plus de fruits frais et des fritures, la figue banane et l’arbre véritable respectivement. Tout est fait à partir de la farine de blé (marinade, pain et pate kòde) et, des fois, du riz importé. La plupart des fruits, consommés présentement à Jérémie, viennent de Port-au-Prince. On ne voit plus les marchandes ambulantes avec leurs paniers de fruits sur leur tête : figues, chadèques, oranges, corossol, abricots…

Les maisons des familles paysannes, habitant les montagnes, ont été emportées par le vent.

Une mère, rencontrée dans la zone de Cèdre (zone tampon de Macaya), a témoigné de la mort de son fils, âgé de 8 ans, qui était assis sur les jambes de son père quand le vent l’a enlevé et emporté à plusieurs mètres de la maison. Il n’a pas survécu à la violence du vent, il est mort le lendemain matin. Ces catastrophes sont surnaturelles, on dirait.

Les conditions de vie de ces paysannes et paysans, qui étaient déjà précaires, sont devenues plus inhumaines. Ils ont gardé, en dépit de tout, leur dignité et ne vont pas quémander l’aumône, mais ils doivent être aidés, accompagnés.

Beaucoup d’Ong se sont ruées dans la Grande Anse pendant les deux premières semaines après le passage de Matthew. Il y a eu des distributions humanitaires, notamment sur les grands axes urbains. Il y en a même qui construisent quelques maisons en dur pour certaines familles.

L’agriculture, dans les montagnes humides de la Grande Anse, était basée essentiellement sur un système arboré avec les grands arbres : véritables, sucrin, mao, lauriers…avec une deuxième couche, constituée de bananes, cafés, chadèques, oranges, citron, corossol… puis les lianes d’igname et de grenadia… Tout ce système est hypothéqué pour une bonne dizaine d’années, au moins.

Il faudra donc, dans un premier temps, déblayer les sols, opération que les gens appellent nettoyage, et continuer la production de charbon ou de planches avec le bois des arbres abattus. La vente du charbon sur Port-au-Prince est quand même problématique, à cause du mauvais état des routes menant dans les montagnes.

Dans un deuxième temps, il faudra subventionner les jardins de maïs et de haricot en montagne. Pas seulement avec les semences, mais aussi la main d’œuvre pour les pratiques culturales. Les paysans n’ont plus la possibilité de vendre des animaux pour faire face à ces obligations tenant compte du fait que le cheptel est détruit à plus de 70%.

En même temps une étude doit être réalisée pour déterminer les étapes à suivre pour aider les paysans à passer le temps, entre la destruction du système arboré et sa revitalisation (10 ans au moins). Une étude pratique devrait être réalisée, avec une méthode participative mettant l’emphase sur des propositions/solutions venant des paysans eux-mêmes.

Un grand programme de construction de maisons en dur, prenant en compte les dimensions anticycloniques, est à envisager. Le vent a toujours été un problème pour les familles paysannes, habitant les montagnes de Jérémie

Il faut qu’il y ait une structure assurant la coordination des interventions, qui se font dans la Grande Anse.

En effet, toutes les aides sont pertinentes actuellement, mais elles doivent faire partie d’un programme de réhabilitation de la vie paysanne des montagnes, très touchées par l’ouragan Matthew. Il faudra peut-être essayer la logique de « basket fund », qui consiste à avoir un programme, une coordination, et les bailleurs mettent leurs fonds dans le panier pour l’implémentation du programme. La coordination sera assurée par une structure mixte, incluant une institution, présente ou non dans la zone, et une entité étatique.

Enfin, les attentions sont détournées actuellement sur l’arrestation de Guy Phillipe et certaines Ong ont peur de rester dans la zone, car les « blancs » sont ciblés.

Il faudra revenir à l’essentiel très vite, c’est à dire penser à des centaines de milliers de paysans, vivant dans les plaines comme dans les montagnes, qui vont continuer à mourir des conséquences de l’ouragan Matthew.

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